26 février 2006

Le journaliste de demain vu depuis 1999

En fouillant les profondeurs du web, refont surface certains articles, comme ce petit bijou prémonitoire de Doug Millison, qui se présente comme l'un des premiers "online journalist".

Millison décrivait en 1999 comment les "bons" journalistes des prochaines années utiliseraient le Web pour rendre leur travail encore meilleur.

Le passage est tiré de cet article de Millison conservé sur Speakout.com, un site communautaire qui ne semble plus en activité depuis belle lurette.
They will use hyperlinks and multimedia to create rich webs of narrative, image and sound, and to present audiences with multi-faceted and multi-layered journalistic "collages" to explore and study. And they will use interactivity to turn readers into co-creators.
Il est amusant de voir que 7 ans après la rédaction de ce papier, les idées sont restées les mêmes et commencent seulement à être mises en place. Il est étonnant de voir que les pionniers ne sont pas des journalistes. Les vlogueurs et podcasteurs de tout poil se trouvent plutôt du côté du "grand public". Les expériences journalistiques du genre demeurent plutôt rares... A ma connaissance au moins.

Si jamais vous deviez mettre la main sur quelques-uns, n'hésitez pas à me les signaler.

24 février 2006

A quand le Journal 2.0?

First Draft by Tim Porter: London Bombings: The Unread Newspaper

Un commentaire du blogueur Dimitar Vesselinov sur le blogue de First Draft a attiré mon attention. Il date de juilllet 2005 mais ça me semble encore d'actu.

Blogs + Forums + Wikis + Chats + Social Networks + Video + Audio + Photos + Maps = Newspaper 2.0

19 février 2006

Le Business des Blogues - La décadence

Du côté de chez Slate, Daniel Gross diagnostique quatre symptômes de la fin du business des blogues.
Il relève une série d'exemples de l'actualité récente et trace le parallèle avec ce qui s'est passé en 2000 avec le crash du Nasdaq. Ces derniers jours, les blogues ont fait la couverture des magazines à grand tirage - signe avant-coureur de décadence, comme en 1999 lorsque Amazon.com fait la une des journaux, quelque mois avant l'explosion de la bulle Internet...
Les signes sont troublants.
Alors quel avenir économique pour les blogues? Est-ce que tout l'argent investi et les valeurs attendues atteindront-elles les espérances? On doit entendre les premières notes d'un ode tragique qui s'intitulera le "Crépuscule des blogues"?

14 février 2006

75000 nouveaux blogues par jour

BRANCHEZ-VOUS! - Des chiffres et des blogues

Le nombre de blogues double tous les 5 mois. Chaque jour 75 000 nouveaux blogues font leur apparition.

Seul bémol: 9% des blogues créés sont des spams...

09 février 2006

Les limites du journalisme citoyen

Si l'on a souvent pris l'exmple sud-coréen OhMyNews pour modèle de média-citoyen, il semble qu'il plus difficile de l'exporter.

Pour Anton Harber, professeur sud-africain de journalisme, l'essai de Reporter.co.za donne des résultats en-deça des attentes.
It promises a range of lively material, but on closer inspection the reports are half-baked, the sort you’d expect from beginner reporters who would be sent back by a news desk to plug the holes. The pictures have a charming amateurishness to them.

Think of the potential problems. How do you verify stories e-mailed into you? How do you prevent commercial interests from placing their public relations material? Or planting stories for fun or to harm their competition?

If citizen journalism is not just going to add to the media clutter, then it still needs to be edited.
Bref, des points essentiels qui rappellent les leçons tirées par Gillmor en ce qui concerne l'encadrement et la formation des journalistes-citoyens.

30 janvier 2006

A propos des leçons de Gillmor

Poynter Online - E-Media Tidbits

Steve Yelvington d'E-Medi Tidbits réfléchit lui aussi à la déconfiture de Bayosphere, le site de journaliste citoyen de Dan Gillmor.
Perhaps one of the first lessons to take away is the importance of focus. As it unfolded, Bayosphere turned out not to be about the Bay Area at all, and instead became dominated by blog postings about U.S. and world politics. The postings are civil, which is a plus, but there's no shortage of conversation about those topics on the Internet. It's difficult to see a way to add value.
Another might be the importance of managing a core group of social trendsetters. Bayosphere managed to establish a culture fairly free of abuse, but it didn't evolve the atmosphere of topical passion that powers the most successful online communities.

29 janvier 2006

Les 7 leçons de Dan Gillmor

Le penseur du journalisme citoyen Dan Gillmor arrive à un constat d'échec de son expérience avec Bayosphere, un site internet dédié à l'information locale et techno dans la Baie de San Francisco.

Les raisons de l'échec? Pas de business model viable, pas vraiment de revenus pour continuer l'expérience et des "cotes d'écoute" qui n'ont pas atteint les objectifs.

The evidence strongly suggested early on that this was not likely to be a viable publishing venture for some considerable period without partnerships to bring in both readers and contributors. But long discussions with potential partners -- including several whose participation would have been game-changing in a journalistic and business-model sense -- didn't pan out. (It will be an exciting day when one or more of those folks tries a citizen-driven media venture.)


Plutôt que de focaliser sur l'échec ou les raisons de l'échec, je reproduis ici un résumé des leçons tirées par Gillmor sur le journalisme citoyen:
  • Limiter la participation. Demander davantage d'information sur les participants = moins de participants = meilleures contributions.
  • Un "serment". Donner un code de conduite ou de déontologie aux particpants.
  • Donner une direction et un cadre de travail aux particpants; assistance et collaboration, leur faire comprendre le sens profond du site et quelles tâches ils doivent accomplir.
  • Les outils informatiques sont encore trop complexes - il faut connaître la technique pour se lancer dans l'aventure, ce qui rebute par mal de participants.
  • "Community building": là Gilmor se montre peu loquace: quels seraient les moyens, quelles seraient les implications, avec quels outils construit-on un communauté? Il dit seulement que c'est encore plus important que les outils de publication. Mystère...
  • Incitation à participer: je crois que Gilmor entend par là qu' il faut trouver le moyen de payer les collaborateurs, et par là, il faut aussi trouver des ressources, qui semble-t-il ne sont pas encore au rendez-vous.
  • Trouver quelque chose d'informatif ou de divertissant qui attirent les lecteurs.
A la lecture des leçons de Dan Gillmor, je me rends compte que son expérience n'est pas un échec total. Il met seulement en avant les difficultés que recontreront tous les médias qui voudraient se lancer dans le journalisme citoyen.

D'un point de vue de défense de la profession, je suis tout de même soulagé. Les éditeurs ne trouveront pas de sitôt le moyen de se passer d'une véritable rédaction, avec des journalistes professionnels.

En revanche, il serait peut-être temps que les journalistes se lancent dans une véritable réflexion sur leur métier à la lumière des possibilités qu'offre la conversation avec les citoyens. Contrairement à ce que beaucoup de collègues s'imaginent, des collègues mais aussi des éditeurs, le public (si quelque chose de ce nom existe vraiment) n'est pas débile ni dupe. Si on fait la somme des connaissances de chacune des personnes qui le compose, un journaliste seul ou même une rédaction entière ne fera jamais le poids sur un sujet donné.

Alors pourquoi ne pas engager cette conversation avec nos lecteurs et surtout leur donner, à tout le moins sur le web, les outils pour publier et partager avec eux notre expérience du métier?

22 janvier 2006

Les jeunes boudent, ouvrons la discussion!

Les 18-29 ans ne s'intéressent qu'au Web, soutient l'Hebdo, le magazine d'actualité de la Suisse romande dans son numéro du 29 décembre 2005.

Dans l'article Les jeunes boudent les médias traditionnels, on apprend que l'éditeur du magazine, le géant suisse Ringier, a demandé à un institut de sondage MIS Trend de déterminer à quel moment les jeunes entrent en contact avec les médias traditionnels.

La réponse: jamais.

Les jeunes consomment des informations par le biais du net exclusivement. Ils s'intéressent en profondeur, c'est-à-dire en utilisant les liens hypertextes pour aller vers d'autres sites étroitement liés avec leurs centres d'intérêt. De plus ils discutent, par mail, par SMS. Ils bloguent aussi des fois.

Somme toute, ils reprochent aux médias traditionnels et généralistes d'être:

  • Répétitifs - de répéter toujours les mêmes infos à la télé, à la radio, dans les journaux.
  • Sensationnalistes - de susciter des émotions artificielles.
  • De focuser sur un événement puis de l'oublier
  • De mentir à l'occasion.
  • Dans le cas de la presse écrite, d'être trop chère et dévoreuse de temps.

"Ils ont des attentes contradictoires", s'étonne-t-on. Comme si tous les jeunes devaient penser la même chose de n'importe quoi... Encore une fois, on dissèque des attitudes pour tenter de s'adresser à un public que l'on perçoit comme monolithique.

D'autant plus que la catégorie "jeunes de 18-29 ans, étudiants ou travailleurs" est une vision de l'esprit. Cela n'existe pas. Pas au sens où les jeunes qui aiment la voile, ou les jeunes intéressés par le foot, existent, elles.

De même Sonia Arnal craint de voir les communautés dont le journal ou le quotidien sont le "socle commun" disparaître. C'est quand même un peu rigolo de voir que des journalistes aient de la difficulté à reconnaître que la société sur laquelle ils écrivent depuis des décennies est en profonde mutation.

Pour Deuze, la «liquéfaction» de la société et l'hyperindividualisation de la vie sociale sont en cours. Avec tous ses effets....

Or donc, les journalistes et les éditeurs continuent de s'adresser à un public "fictif", né de leur catégories mentales plutôt que d'aller vers les gens, les vrais, individuellement.

Quand les médias envisageront leur lectorat autrement que le "machin" auquel il faut vendre son "journal", ils ouvriront la discussion.

30 décembre 2005

Penser le reportage en ligne

Jonathan Dube dans son article Online storytelling forms propose de combiner les différents supports médias selon une fonction bien précise.
  • Use print to explain
  • Use multimedia to show
  • Use interactives to demonstrate and engage

L'idée centrale est de morceler les informations d'un reportage en sections très anglées, chacune présentées sur un support approprié.

Il donne ensuite une série d'idées et de liens vers des reportages montrant différentes utilisations du multimédia.

24 décembre 2005

Quelle est la différence entre un journaliste et un blogueur?

Question à deux balles: quelle est la différence entre un journaliste et un blogueur?



Citant notamment le rédacteur en chef de Popular Mechanics, elle explique que de plus en plus journalistes ne reconnaissent plus une dichotomie entre les médias traditionnels et la blogosphère.

Interviewant Jeff Jarvis, gourou des nouveaux médias, Spiers relève que le journalisme est plus un acte que la possession d'une carte de presse.

Grosso modo, dans la blogosphère et sur Internet en général, la crédibilité dépendrait des "standards journalistiques" des blogueurs.

Ce qui me rassure quand meme...

Mais ça soulève des questions intéressante, apparentées aux interrogations de Hume sur l'entendement humain: comment distinguer un article à saveur journalistique d'un véritable article journalistique? Qu'il ait été produit par un journaliste ou un blogueur?

Peut-etre la solution se trouve-t-elle dans la transparence... Comment ? En publiant ses sources documentaires, à la manière des universitaires quand il s'agit de bouquins ou alors en scannant et en mettant en ligne les documents en notre possession. En ce qui concerne les interviews, il faut proposer des vidéos ou bandes audios qui donne la version longue des entretiens.
Cela permettrait un controle des propos tenus par le journaliste ou le blogueur.

Reste que cela pose plusieurs problèmes dans le travail journalistique. Le off, le hors-caméra, tant décrié, est pourtant utile au journaliste pour comprendre, donner un éclairage particullier à des situations, pour mener ses investigations un peu plus loin...

Quant aux sources anonymes, dont l'abus a mené le public se méfie aujourd'hui, elles devraient simplement etre écartées, ou utilisées le moins possible.

A quel moment accordez-vous votre confiance à un journaliste ou à un blogueur, quelle serait la procédure publique à observer pour s'assurer de la véracité d'une information?

19 décembre 2005

La minute syndicale

Des journalistes au chômage. Des entreprises de presse au bord de la faillite. La pub en retrait. Le paysage n'est pas rose. Même des géants semblent prêts à s'effondrer.

Les journaux veulent du texte et des images, ils sont de plus en plus nombreux à demander au public de leur fournir ce qu'ils publieront.

Les blogues! Mais qui fait de l'argent avec les blogues, qui vit de son blogue?

Cité en exemple par Le Meur dans son bouquin Blogs pour les pros, l'Australien Darren Rowse engrangerait 100 000 dollars par année en se branchant sur le système publicitaire AdSense de Google.

Bravo!

Mais, l'immense majorité des blogueurs, je dirais tout près de 99%, ne paient même pas le prix de leur connexion ADSL avec les revenus d'AdSense.

Le contenu n'a pas pris un cent de valeur au cours des dix dernières années. Mais la "tuyauterie", elle en a pris.

Google engrangent des profits. Certains éditeurs engrangent des profits. Le fournisseur d'accès Internet engrange des profits.

Certes, les journaux et le net magnifient le contenu. Comme il est noble d'être créatif, débrouillard, producteur de poésie et de prose, clame-t-on.

Mais le fric - les revenus comme les investissements - vont et viennent avec la "plomberie", c'est-à-dire des canaux de distribution de ce contenu.

Etrange, non?

15 décembre 2005

les 10 commandements d'un site Internet

En fayant les profondeurs du net et en recherchant particulièrement les plus anciennes recommandations sur l'élaboration de sites, je suis tombé sur les 10 commandements du WebMestre datant de la fin des années 90. Je les récite de mémoire et les met un peu à ma sauce...
  1. Plusieurs choix à l'internaute tu donneras.
  2. Point de liens hypertextes différents au même endroit ne mènera
  3. Des liens identiques à une même page mènerons.
  4. Deux choix trop ne se rassembleront.
  5. Pas trop d'options.
  6. A toutes tes pages facilement l'internaute accédera.
  7. De liens inutiles l'économie tu feras.
  8. Jamais à l'extérieur du site les liens ne pointeront.
  9. Les attentes raisonnables de l'internaute tu rencontreras.
  10. Jamais le « cliquer ici » tu n'utiliseras .
Les choses ont-elles bien changé depuis ? Je reviendrai sur ces 10 commandements dans des prochains billets...

13 décembre 2005

A propos de l'hypertexte et du journalisme

Juste un petit correctif au sujet de l'hypertexte et le journalisme. Je me suis aperçu avoir oublié Branchez-vous, l'un des rares site de nouvelles sur les technologies qui donne des liens dans ses articles.

Comme tous les autres sites d'information, l'un des sites parents de Branchez-vous, le site généraliste Mesnouvelles.com, lui, reprend les dépêches d'agence de la Presse canadienne sans toutefois lui ajouter des liens.

Si vous trouvez des sites d'information généralistes qui proposent des liens pointant vers le Web, je suis preneur.

12 décembre 2005

L'hypertexte en journalisme II

En repensant à L'hypertexte en journalisme , je me suis rendu compte que la plupart des journaux veulent en fait conserver leur "public" captif de leurs pages web.

En n'affichant aucun lien dans leurs articles, le raisonnement des éditeurs et des rédacteurs en chef et des responsables web semble être le suivant: "en mettant à disposition des liens vers l'extérieur du site, on donnerait du trafic à d'autres et les internautes ne reviendront plus chez nous".

Si ma perception de leur raisonnement est juste, leur attitude est navrante à plus d'un titre:
  • C'est un aveu de faiblesse : ils n'ont pas n'a pas assez confiance dans leur contenu et craignent de ne plus jamais revoir un internaute chez eux.
  • C'est un aveu d'ignorance: en feignant d'ignorer le reste du Web, les auteurs d'un site se ridiculisent et donnent l'impression de ne rien y connaître.
  • C'est une méprise sur ce qui fait la réputation et le prestige d'un site : le contenu y joue certes pour beaucoup, mais le fait de proposer des liens pertinents vers des sites de qualité compte pour le reste.
Pour l'heure, la plupart des sites de journaux qui cultivent un tant soit peu l'hypertexte le font seulement sur leur propre territroire, c'est-à-dire qu'ils renvoient exclusivement à leurs archives et à leur dossier. C'est déjà un premier pas, en attendant le prochain.

11 décembre 2005

Les raisons pour lesquelles le journal est toujours supérieur à Internet

Pas très sérieux, cet article du colomniste Tony Gabriele au Daily Presse. Mais il dit tout haut ce que bien des journalistes de la presse écrite pensent tout bas. Et il est vrai qu'à regarder l'état des médias aujourd'hui, ça fait peur...

Pour Tony Gabriele, convaincu de la supériorité de la presse écrite, la presse électronique souffre "d'infotainment". Difficile de le contredire...

Mais sa véritable idée sur le phénomène se trouve à la toute dernière ligme: quand les journaux auront disparu, où croyez-vous qu'Internet ira chercher ses nouvelles?

Encore une fois, on s'imagine que les journalistes qui travaillent en ligne ne peuvent pas faire le même boulot que les journalistes traditionnels. Pour ceux qui sont du même avis que Gabriele, le net est au mieux une vitrine, au pire une pompe à nouvelles.

N'y a-t-il pas moyen de changer les perceptions? Et surtout pour les journalistes de trouver de nouvelles manière d'exploiter le Web?

09 décembre 2005

Deuzeblog - Technologie et culture des médias

Le Deuzeblog appartient à l'un des rares universitaires à réfléchir sur le journalisme d'aujourd'hui et penser celui de demain. Mark Deuze a écrit plusieurs papiers et bouquins depuis 1994 sur les liens et les influences des nouvelles technologies et la culture des médias.

Mark Deuze enseigne à l'université de l'Indiana au Département des télécommunications et à l'Université de Leiden en Hollande.

Quelques-uns de ses articles en ligne...

08 décembre 2005

Sur Deuze, le formatage des journalistes et un nouveau programme.

Selon l'analyse de Deuze dans Towards professional participatory storytelling in journalism and advertising, la manière dont se définissent les journalistes est très certainement la "cause" de la désaffection du public.

En étudiant l'idéologie journalistique, Deuze dégage la perception que les journalistes ont d'eux-mêmes et de leur travail. Il en ressort que, dans le deuxième moitié du XXe siècle, les deux notions suivantes ont été réifiées dans les écoles de journalisme et les organisations de presse:
  • Le devoir du journaliste est de dire à des individus ce qu'ils doivent savoir pour fonctionner en tant que citoyen d'une démocratie - celui des publicistes est dire à ces mêmes individus ce qu'ils doivent faire pour agir comme des consommateurs dans un système d'économie de marché.
  • Dans les deux, les histoires qu'ils racontent doivent servir à informer, persuader, amuser ou éclairer ce qui est considéré comme une "masse" anonyme.
Les journalistes ont donc depuis des décennies une comportement monopolistique à l'égard de la méthode et des moyens de raconter des choses à des publics sélectionnés.

Les organisations journalistiques ont traditionnellement exclu toute discussion avec les utilisateurs des médias. Elles se sont mises dans un rapport hiérarchique, de haut en bas, avec leurs publics.

Ce rapport hiérarchique a éclaté d'abord dans les compagnies de jeux vidéos qui, les premières, ont ouvert grand leurs portes à ceux qui utilisaient leurs produits.
La fragmentation de la société contemporaine peut être comprise comme un procédé, en cours et peut-être même inévitable, de «liquéfaction» et d'hyperindividualisation de la vie sociale, où « la façon dont les gens définissent leurs problèmes et essaient de les résoudre en déployant des compétences et des ressources individuelles est la dernière affaire publique et le seul sujet d'intérêt public».
Au lieu de s'appuyer sur le journalisme ou la publicité, les deux versants des mass medias, pour comprendre leur monde, les gens utilisent désormais des systèmes de communication sophistiqués - blogue, internet, chat, forums, etc. - qui leur permettent de discuter et de comparer leur propre version de l'histoire.

Ainsi, selon Deuze, les journalistes et les gens des médias en général ne pourront envisager leur avenir que s'ils transforment radicalement la manière dont ils perçoivent leur rôle, leurs méthodes de travail et le rapport à ce qu'on appelait autrefois "le public".
L'identité future des professionnels des médias devra inclure une composante participative -- par exemple, la notion de narration comme étant une expérience collaborative. En d'autres mots, les publicistes et les journalistes devraient s'entraîner à penser les histoires qu'ils racontent comme "co-créées" avec ceux qu'ils ont un jour identifiés - et effectivement exclus - sous l'étiquette de public, d'utilisateur, de consommateur ou de citoyen.
Deux stratégies s'offrent aux organisations journalistiques traditionnelles :
  • Mettre au point de nouvelles techniques de production et d'édition toujours plus sophistiquées qui captureront l'attention d'utilisateurs médias qui naviguent, scannent et zappent, annotent et rassemblent chacun leur propre réalité médiatique customisée.
  • Ou alors trouver des façons de coopérer avec ces nouveaux producteurs de narration qui émergent dans le monde en ligne.
Le Monde ainsi que le Mail &Guardian en Afrique du Sud offrent maintenant des espaces blogues modérés. Ces expériences, selon Deuze, ne font que maintenir l'identité traditionnelle des médias, plus qu'aucune véritable collaboration n'existe..

De nouvelles approches, mettant expressément en rapport le journaliste et son ancienne audience pour raconter des histoires, son nécessaires économiquement, moralement, et socialement.

Un journalisme à code source ouvert en quelque sorte.

07 décembre 2005

A quoi ressemblera le journalisme biélorusse et chinois?

La Chine et la Biélorussie ont annoncé qu'ils échangeraient des nouvelles politiques, économiques et culturelles par le biais de leurs agences de presse, depublications et de diffusion d'émission ainsi que par d'autres mass media, rapporte l'agence de presse Xinhua.

Des soaps chinois sous-titrés ou doublés en biélorusse?

Pire, des nouvelles issues d'agences de presse qui tiennent plus du service de presse de Wal-Mart empreintes de toute l'objectivité de l'Agence TASS de la belle époque...

L'hypertexte en journalisme

L'hypertexte. Pourquoi les journalistes utilisent-ils si peu l'hypertexte dans leurs papiers mis en ligne? Les articles du Devoir ou de la Presse, à Montréal n'en montrent pas un. Le site du Temps à Genève ou du Monde à Paris non plus.

Les journalistes ne les évitent certainement pas par paresse. Peut-être par déformation professionnelle? Il me semble que le papier nous ait formatés, nous journalistes, bien plus que nous voulons bien l'admettre.

On n'a qu'à regarder un journal et trouver une nouvelle qui fait référence à un événement couvert dans une édition précédente.

On se dépêche de signaler dans le lead que cette nouvelle s'inscrit dans la suite des événements, on développe ce qu'il y a de neuf et on termine sur quelques paragraphes de synthèse pour boucler le tout.

Et si l'on écrit un papier, auquel il manque ce bout de synthèse bien torché, on se dit qu'on n'a pas fini le travail.

Ceci dit, on ne fera jamais l'économie de synthèses, ne serait-ce que pour raccourcir le temps de lecture et articuler les moments forts d'une histoire, d'un feuilleton.

Sur le net, cette nécessité du papier disparaît. L'hypertexte, comme le fait remarquer John Burke, du Editor's Weblog, permet de renvoyer à une édition précédente, de "rappeler" l'histoire.

D'autres utilisations de l'hypertexte sont-elles envisageables? Si vous avez des idées, je suis preneur. De toute façon j'y reviendrai d'ici quelques jours.

06 décembre 2005

La narration, le renouveau du journalisme américain?

Les journalistes américains cherchent de nouveaux moyens d'intéresser leurs lecteurs. Le moyen: le "narrative". Ils veulent rendre compte, jouer leur rôle de témoin, en racontant plutôt qu'en alignant les unes derrière les autres les citations entre guillemets

Concrètement, quatre "méthodes" de la fiction entreraient dans la boite à outil du rédacteur : les scènes, le dialogue, les détails et le point de vue. L'idée derrière étant de créer un rapport privilégié avec le lecteur.

Honnêtement, je n'ai pas essayé, mais ce serait à étudier.

Lors de leur congrès sur le journalisme narratif, quelques sommités - des récipiendaires de Pulitzer pour la plupart - estiment que le journalisme narratif est l'enfant de la nonfiction, un genre littéraire qui fait fortune dans les chaumières américaines.

Un exemple, français, me vient en tête, celui de Pierre Bellemare et de ses multiples livres à histoires vraies.

Personnellement, je crois que les journalistes américains ont davantage souffert de l'uniformisation de la presse - il n'y a qu'à jeter un coup d'oeil aux "bible" qu'est devenu le AP stylebook et autres du genre dans les rédactions. Véritables rouleaux compresseurs du style.

En France et dans la francophonie en général, le style et la manière de raconter. Qu'en pensez-vous?

D'un autre point de vue, les limites du journalisme narratif se trouvent dans la subjectivité: pourquoi privilégier cet élément de détail plutôt qu'un autre. En quoi la couleur des souliers de mon interlocuteur rend-elle l'information plus crédible, plus vraie? Elle en a seulement l'apparence...

Pour les panélistes, l'équité (fairness) dans ce genre de journalisme veut dire:
- ne pas mentir
- se présenter aux gens comme journalistes et ne pas se faire passer pour quelqu'un d'autre.
- clarifier avec les sources les règles de on et off.

Si vous trouvez un morceau de journalisme narratif, pourriez-vous me le faire parvenir?